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Nous sommes quelques milliards d’humains à vivre une cohabitation forcée, certains à 8 dans 40 m2, d’autres dans des châteaux ; d’autres encore, entassés sur une plage de Lesbos sans même assez d’eau pour se laver.

Ne serait-ce pas l’occasion pour réapprendre ce vivre ensemble que nous avions laissé de côté, emportés dans le tourbillon du « métro, boulot, dodo », tourbillon accéléré par cette société néo-libérale ?

Mais ce vivre ensemble forcé se trouve barré par une force maligne, celle de la mort qui nous cerne, rôde, invisible et omniprésente, répétée comme un tam-tam obsédant par les médias et les réseaux sociaux. L’effet principal de cette figure obsessionnelle est un empêchement de la pensée ; impossible de réfléchir à quoi que ce soit sans avoir en arrière-pensée l’idée glaçante de sa propre mort. Ça reste non-dit car notre instinct de survie argumente « je suis jeune, en pleine santé ; si j’avais 80 ans, je dis pas,… », notre inconscient refuse l’idée de sa propre mort.

D’où l’intérêt de maintenir une activité intellectuelle – utilité des devoirs !- et aider nos enfants à penser.

Sachant que nous devons nous attendre à connaître autour de nous de plus en plus de cas de décès, peut-être devrions-nous aborder cette question de la mort avec nos enfants ?

J’ai évoqué ici et dans mes derniers ouvrages la difficulté d’aborder les questions sexuelles avec eux et ce pourrait être une occasion de leur parler de ces grands sujets qui les tracassent autant que nous : le sexe et la mort. Sur l’un, nous avons un certain savoir, une certaine expérience que nous pouvons -devons ?- transmettre, faire profiter de nos erreurs. Sur l’autre, nous n’avons aucun savoir !

Ce sont deux sujets que j’ai eu très fréquemment à aborder avec mes petits patients. Et ce sont des thèmes pour lesquels les petits attendent beaucoup de franchise ; ils sont en quête de savoir et d’honnêteté. Il convient donc de bien choisir ses mots, sans chercher de formules compliquées.

Pour le sexuel, il existe de nombreux ouvrages permettant de traiter le sujet sans être trop maladroit ; on y trouvera des éléments de réponses à « qu’est-ce qu’on peut faire ? qu’est-ce qu’on n’a pas le droit de faire ? ». J’y ajoute ma contribution, avec mon avant dernier livre cité sur cette page (« Que dire, ou pas… »). La particularité de la situation actuelle veut que l’un des dangers, consistant à rechercher l’intimité d’un frère ou d’une sœur pour des jeux sexuels, se trouve atténué par la simple proximité des parents puisqu'au moins l'un des deux est confiné ; mais ce peut être justement l’occasion d’en parler, de préciser ce qui est licite ou pas et de poser des limites ! Bénéfice secondaire : le fait de dire : « quand tu seras grand(e), tu devras faire attention à ceci, tu pourras faire cela, décider ce qui est bien pour toi ou pas » est une bonne façon de les projeter dans leur avenir et de neutraliser ainsi la question angoissante qui traverse plus ou moins consciemment l’esprit de chacun : « on va pas tous mourir ? ».

Pour les questionnements sur la mort, je suggère quelques réponses de bon sens. Dire qu’on ne sait rien me semble le plus honnête. Dire que beaucoup de personnes sont persuadées qu’on va vivre une autre vie dans un monde inconnu. Ou qu’on va revivre dans un autre corps. Ou qu’on va retrouver tous nos aïeux, nos ancêtres, tous ceux qui nous ont quitté. Dire aussi que les jeunes meurent très rarement, d’accident ou de maladie, mais que quand on arrive à être vraiment très vieux, on aspire à mourir, on est fatigué de la vie* et que ce n’est pas vraiment triste. La question de « où on est quand on est mort » revient toujours, alors on peut dire que dans la terre, après des années, notre corps au cimetière deviendra des plantes, un arbre et que notre âme, notre esprit sera possiblement quelque part dans l’univers.

Bien sûr, tout ce que je propose ici n’est pas « parole d’évangile » et que, précisément, chacun y mettra la vision religieuse qui lui correspond - sachant que les enfants sont des chercheurs-nés, des sceptiques et qu’il est difficile de leur faire avaler des affirmations sans preuve !

Il n’y a pas de honte à dire à son enfant : « je ne sais pas ».

*Me sens pas trop fatigué, merci !

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