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Pardonner? Une illusion judéo-chrétienne!

" Un autre concept judéo-chrétien demande aussi à être décortiqué : le « pardon ». Je ne voudrais pas lasser mes lectrices par un excès de considérations philosophiques mais il me faut dire que pour moi « pardonner » est une absurdité.

Il y a d’abord une infinie suffisance à « pardonner » : qui sommes-nous pour dire « je te pardonne ; tu m’as blessé mais je consens à effacer cet affront commis ». Il y a là une espèce de commisération qui confine au mépris de la part de l’offensé. Sur quoi cela repose ? Sur l’oubli ? On ne décide pas d’oublier : c’est la mémoire qui fait son travail de tri et qui décide ou non de jeter tel ou tel fait aux poubelles du temps. Sur la bienveillance vis-à-vis d’un repentir sincère ? C’est peut-être acceptable. Mais qui peut juger de cette sincérité ? (page 156)

…….page 162 :

J’ai repoussé le mécanisme du pardon comme illusoire, décevant voire malsain.

Il nous reste un processus psychique, assez complexe, mais bien plus riche et qui est certainement plus fécond pour envisager une « guérison » : le concept de réconciliation. Il s’agit de quelque chose de bien plus élaboré, bien plus subtil que de se dire : « bon, je te pardonne, on s’embrasse et on fait la paix, maintenant, notre querelle est terminée » alors que rien n’est réglé en profondeur.

Là encore, foin de toute élucubration philosophique, je laisse le plaisir à ceux qui s’y intéressent de découvrir ce que dit Hegel et ce que recouvre ce concept de Versöhnung. Le mot français, réconciliation, n’est pas aussi riche que le concept hégélien équivalent. Sans entrer dans une explication complexe, on pourrait résumer dans l’idée que c’est un mouvement psychique de longue haleine partant de la négation[1] - je nie l’Autre -, allant à la reconnaissance de l’Autre comme un double de soi et arrivant à l’acceptation de l’Autre dans son altérité, sa différence. Cette reconnaissance étant bien sûr réciproque.

Cette réciprocité de la reconnaissance - Ricœur dirait : « soi-même comme un autre » - permettant enfin la réparation.

Ce que tout un chacun pourrait alors ressentir et nommer : guérison.

[1] La verneinung que reprendra Freud, puis Lacan.

EXTRAIT DE "FILLETTES ABUSÉES FEMMES EN SOUFFRANCE"