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La mère devant l'inceste

J'ai commencé à m'interroger sur le rôle de la mère à l'égard de l'inceste pratiqué par le père ou le grand-père -celui que j'appelle "l'ogre"- dans mon livre (chapitre 8, page 119"La femme de l'ogre" in Fillettes abusées femmes en souffrance).

On a (la psychanalyse) tellement fait "porter de chapeaux" aux mères -la mère de l'autiste, la mère du schizophrène et d'autres- que je m'en serais voulu d'en ajouter un.

Mais il est vrai que l'attitude d'une mère qui soupçonne un inceste entre son mari et sa fille interroge. Je renvoie à mon bouquin mais en résumé, il y a "celle qui ne soupçonne ni ne voit rien", et aussi "celle qui ne veut pas voir" ou encore "celle qui préfère le silence au scandale".

Or je viens de trouver chez Simone de Beauvoir (un peu au purgatoire ces temps-ci et c'est dommage) une vision de la mère qui nous donne encore un autre éclairage: ce serait le cas, très répandu à l'en croire, de la mère qui en quelque sorte tire vengeance de sa propre condition féminine basée sur la soumission, en assignant à sa propre fille cet écrasement des droits de la fillette et de la femme.

Je livre à votre sagacité mesdames cet extrait de "Le deuxième sexe II":

"la fille est pour la mère à la fois son double et une autre, à la fois la mère la chérit impérieusement et elle lui est hostile; elle impose à l'enfant sa propre destinée: c'est une manière de revendiquer orgueilleusement sa féminité, et une manière aussi de s'en venger."

C'est moi qui souligne; la mère pourrait se venger sur sa fille de sa propre condition réduite à être l'ombre de l'homme.

L'exemple de l'excision revendiquée comme un bienfait par les mères est certes très spectaculaire, mais ne faut-il pas s'interroger sur ce qui se passe au sein de nos familles bien françaises et ce, de manière tout à fait occulte et insidieuse ?

En élargissant la question, que peut ressentir une fillette qui est témoin de violence conjugale, du silence et de l'acceptation de sa mère ? Ne peut-elle être conduite à penser que c'est le sort des femmes que d'être ainsi traitée?